RSS
RSS

Le pingouin, Andreï Kourkov

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Le pingouin, Andreï Kourkov

Message  Invité le Ven 16 Déc - 10:40

Le pingouin, Andreï Kourkov
Démétrios secoue la poussière de ses sandales avant d'entrer dans la bibliothèque des Voyageurs . Il est très intimidé, bien que muni d'une autorisation du Dévoreur, mais officieuse et non datée. Il admire les belles étagères et les meubles luisants polis par les ans et y pose discrètement un petit volume chipé au 21°siècle.

Remarque :
Vous pourriez me reprocher d'anticiper sur les faits et gestes de Démétrios (iv°siècle av. JC) alors qu'il n'a même pas été admis dans la cohorte des Voyageurs. Mais vous auriez tort. Car, si son CV est rejeté par les Autorités, il n'aura donc jamais été projeté dans ce moment présent et, en conséquence, la scène précédente n'aura jamais eu lieu et n'aura pu être écrite , donc vous ne pourrez absolument pas la lire, encore moins la critiquer et je me demande alors pourquoi vous faites des histoires au lieu d'en écrire de votre côté.
Ce raisonnement est imparable et je me sens douée pour clouer le bec à tous ceux qui chipoteront les paradoxes temporels . La preuve ?
Périclès fut l'élève de Zénon d'Elée . Et alors ? me direz-vous, le ton soupçonneux et le regard torve. Alors voilà : J'ai consulté Wikipedia pour vérifier les dates et c'est là que j'ai appris l'existence de ce lien entre Zénon et Périclès. Or, d'après sa future et néanmoins déjà existante fiche, Démétrios est allié par sa mère à la famille de Périclès ; donc, indirectement, à l'enseignement de Zénon, donc imbattable sur les questions de paradoxe. Tout s'explique ! Admirable ! Je n'ai inventé que la vérité !-
Pour parachever ma satisfaction, à propos de Zénon, Wiki cite Paul Valéry (Le Cimetière Marin) un de mes oracles sur le thème Tempus Fugit.
Zénon, cruel Zénon, Zénon d'Elée !
M'as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre,vole et qui ne vole pas ?
Le son m'enfante et la flèche me tue...

etc,etc...Je ne vais pas plus loin . L'intellectualisme élitiste guette et Démétrios n'est pas vacciné. Même Wiki n'ose citer que deux strophes sur les vingt-quatre de ce vertigineux poème.
Démétrios toussote poliment et montre le petit livre qu'il a apporté. Abrégeons donc cette digression, provoquée par votre possible méfiance face à un intrus en sandales, qui ne sait même pas attendre l'ouverture générale des portes . Revenons au livre proposé :
Le Pingouin . d'Andreï Kourkov, ( Points-P842) – paru en 1996, traduit du russe par Nathalie Amargier . En russe, titre original : Smert postororonevo. Démétrios ne parle pas russe et mon clavier n'écrit pas le cyrillique. J'essaie le copier coller ..,Смерть постороннего. Ça marche ! Internet favorise l'esbrouffe, le trompe-l'oeil et l'auto-satisfaction imméritée.
Le titre français ne convient pas . Le pingouin , héros du livre avec son maître Victor, est en fait un manchot royal d' un mètre de haut . Il est digne , muet et a la tristesse distinguée des rois en exil. Mais un roman intitulé Le Manchot aurait sans doute été perçu par l'éventuel acheteur comme un polar, mettant en scène un commissaire de police ayant perdu un bras dans sa lutte contre le banditisme . Le Manchot Royal annoncerait une monographie zoologique sur Aptenodytes patagonicus et ferait fuir les non-spécialistes. Donc, va pour Le Pingouin. Le récit se situe, quatre ans après l'indépendance de l'Ukraine, en 1995-96.
C'est un livre présenté comme « ayant rendu célèbre son auteur dans le monde entier » . Horreur. Je ne connaissais pas cet écrivain célèbre.! Où vis-je ? Je suis exclue du monde entier.
Au cas , improbable si vous appartenez au monde entier, où vous n'auriez pas lu ce roman, je vous le recommande chaudement, bien qu'il se passe, pour l'essentiel, à Kiev en hiver , où il fait froid. Tant mieux pour Micha , le Manchot Royal. Si vous êtes sensibles aux façons différentes d'exister (avez-vous remarqué que j'ai évité la trop facile reprise d'un nom de forum ?) , si vous aimez les romans réalistes un peu, symboliques beaucoup, et remplis de tendresse pour les âmes grises qui se demandent, comme le Pauvre Gaspard:
Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Qu'est-ce que je fais en ce monde ?
alors vous aimerez Le Pingouin.
On peut penser à Camus , mais en plus drôle et décalé, moins littéraire et d'un absurde moins durement asséné. Kafka aussi n'est pas loin, mais Kafka est tragique . Un pingouin, même manchot royal, peut-il être tragique ? Pathétique et hermétique, plutôt. Le masque tragique hurle, Micha baisse la tête sur sa poitrine dorée et se tait.
A la réflexion,Смерть постороннего ne me paraît pas très pingouinesque ni manchotique. Google traduit par : Mort d'un étranger . Ah ! Je savais qu'il y avait du Camus là-dessous et que le titre en français n'était pas le bon.

Il y a une suite : Les pingouins n'ont jamais froid . Je ne trouve pas le titre en russe, je ne peux pas le copiercoller. Mon ego en prend un coup.

Démétrios hausse les épaules, navré de devoir dépendre de moi et sort.








avatarInvité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum